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MADEINITALY : Gué Pequeno, l’icône du rap italien

by redazione

 

MADEINITALY : Gué Pequeno, l’icône du rap italien

MADEINITALY, c’est le nom de notre nouvelle rubrique aux accents italiens dans laquelle nous avons choisi de mettre en lumière des personnalités italiennes méconnues du public français,  qui se distinguent à travers leur art et leur talent.

Le Rap italien est aujourd’hui une scène méconnue en France, complètement éclipsée par la domination des scènes américaines et françaises. Pourtant, certains rappeurs Italiens ont imposé leur style, façonné un son, et marqué leur époque. Parmi eux, un nom s’impose, c’est celui de Gué Pequeno. Cosimo Fini en 1980 à Milan, il est aujourd’hui bien plus qu’un simple rappeur. Figure centrale du hip-hop italien, il a su traverser les époques, évoluer avec son temps et imposer son identité, jusqu’à devenir une référence incontestable.

Une trajectoire singulière

L’histoire de Gué Pequeno commence au début des années 2000 avec son groupe  “Club Dogo”,( composé de Jake La Furia Guè et Don Joe).  Avec son groupe, devenu depuis Iconique Gué a  posé  les fondations d’un rap moderne et populaire dans le sens le plus noble de la parole. Très vite, Gué s’impose comme un acteur clé de la scène underground. Mais c’est en 2011, lorsqu’il entame sa carrière solo qu’il dévoile toute l’étendue de son talent. Il façonne le paysage musical italien, en imposant son style unique et sa vision du genre. Ses textes, son flow distinctif et sa maîtrise des codes du rap américain font de lui un pionnier au même titre que ses paires italiens. Là où d’autres adaptent, Gué intègre et réinvente, s’inspirant des sonorités américaines sans jamais renier son ancrage italien. Il devient une figure de proue du mouvement.

Ma “rencontre” avec Gué

J’ai toujours aimé le rap. Pas tout le rap, mais j’ai des bases solides : je connais ce genre musical, je sais reconnaître les sons- ceux des années 90/2000, qu’ils soient français ou américains. Mes goûts sont éclectiques : de NTM à MC Solaar en France, de Tupac, Snoop Dogg, Eminem aux États-Unis…

Mais en arrivant en Italie, impossible pour moi de cultiver cette culture musicale, car ce genre n’y a jamais été pleinement reconnu à sa juste valeur. Si en France ou aux États-Unis, le rap est considéré comme une expression artistique à part entière, en Italie, le système médiatique, largement dominé par le gossip et les formats traditionnels, a souvent relégué les rappeurs au second plan, leur préférant une pop plus consensuelle et grand public.
Mes rares références italiennes dans ce domaine étaient — et sont toujours — Frankie Hi-NRG et Neffa, deux artistes que j’aime profondément et inconditionnellement. Gué, lui aussi, a longtemps été la cible du gossip. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, à l’origine, je ne me suis jamais intéressée à sa musique.

La vitrine “excellente” de la musique pop en Italie c’est le Festival de Sanremo…auquel j’ai participé pour des raisons professionelles il y a plusieurs années de cela. Pour moi ce fut un veritable choc, le cauchemar absolu. L’hystérie collective autour des chanteurs, la multitude d’événements annexes, cette semaine de fièvre médiatique, tout cela a eu raison de ma patience et presqu’aussi de ma sérénité. Résultat : je ne regarde jamais ne serait-ce qu’une seule minute de Sanremo. le Festival bat des records d’audience tous les ans, 60% des italiens le suive. Cela donne une idée de ce que représente ce Festival pour le pays.

En 2023 en marge de ce Festival,  j’entends “Mollami Pt.2” de Gué Pequeno, extrait de son album Madreperla. Ce morceau, revisité avec la base de “Here Comes the Hotstepper”, m’a immédiatement captivée. J’ai aimé ce rappel au passé, ces mots d’aujourd’hui portés par la voix rauque et posée de Gué. C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à son travail.

 

Un tournant en 2024

À partir de là, j’ai suivi Gué de loin, jusqu’à ce que Sanremo me rattrape à nouveau. En 2024, cette fois-ci,  lors de la soirée des Covers,  Geolier (jeune phénomène du rap napolitain) décide de reprendre ce titre iconique de Gué : Brivido (2013) que j’entends pour la première fois. A partir de ce moment précis, je décide de remonter le fil de son parcours. J’ai alors écouté, un par un, tous ses albums depuis ses débuts en solo.

Gué : du rappeur underground à la légende

En 2025, Gué  affronte de nouveau la scéne de Sanremo mais cette fois-çi en compétition  avec La Mia Parola, en collaboration avec Shablo, Tormento et Joshua. Il a aussi brillé lors de la soirée des Covers, en partageant la scène avec Neffa, pionnier du rap italien que je citais plus haut, et Tormento, leader du groupe Sottotono, qui a marqué la fin des années 90 avec des sons directement inspirés du hip-hop américain.

Ce fut un moment fort, historique même, mais passé totalement inaperçu auprès des “addetti ai lavori”(journalistes couvrant le festival).

C’est en voyant Gué aux côtés de Neffa que j’ai compris qu’en une dizaine d’années, il était devenu un “Taulier” du rap italien.

Cosimo derrière Gué : l’homme et l’artiste

Cosimo, c’est en l’écoutant dans un épisode du podcast ONEMORETIME (désormais disponible en version française) que j’ai enfin découvert l’homme derrière l’artiste.Cosimo Fini s’y livre sans artifices. Passionné de cinéma, il est loin des clichés que les médias italiens ont souvent projetés sur lui. Ses nombreux tatouages ne sont pas une façade, ils ne cachent pas une personnalité creuse : Gué est cultivé, passionné d’art et de cinéma.lI défend une valeur trop souvent oubliée: la culture du travail. Il encourage les nouvelles générations à travailler dur pour réaliser leurs rêves.Bien sûr, comme tout artiste, il possède une part d’ombre, mais qui ne ternit en rien son talent. Avec la sortie de “Tropico del Capricorno” son dixième album solo, il confirme qu’il est désormais au sommet. Il a rejoint ses pairs et a assis son statut d’icône.

Gué, un “homme d’affaire” à la américaine

Sur cet album, j’ose une critique qui, aujourd’hui, pourrait sembler peu “socially correct”: les morceaux en feat avec certaines jeunes rappeuses italiennes ne me convainquent pas. Elles ne sont tout simplement pas à la hauteur du maître. À titre personnel, j’aurais rêvé d’une collaboration entre Gué et Diam’s. Mais cela n’aura helas jamais lieu! Quoi qu’il en soit, Gué a réussi l’exploit ultime : faire cohabiter Cosimo et Gué dans sa musique. Chaque facette de sa personnalité s’exprime sans étouffer l’autre, créant un équilibre parfait qui fait de lui le “Pape” du rap italien. Et comme ses homologues américains, il ne se contente pas de la musique : c’est un homme d’affaires avisé qui se partage entre la mode et sa marque de Tequilla.

Aujourd’hui, Gué Pequeno est bien plus qu’un rappeur.  Il est une institution. Son dernier album : TROPICO DEL CAPRICORNO sorti le 10 Janvier dernier a déjà  été certifié Disque de Platine. 

Sandrine Aloa-Mani

 

 

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